Mon discours complet - manifestation de soutien à l’ukraine
Cher amis,
Nous voici ici réunis, sur la place de la Bastille, hier emblème de la tyrannie royale, et aujourd’hui symbole universel de la liberté.
A travers cette histoire, les destinées de la France et de l'Ukraine font étonnamment écho.
En Ukraine aussi, tout a commencé depuis une place - la place Maïdan, où en février 2014, le peuple ukrainien, a choisi l’Europe, et la liberté.
C’était il y a exactement 12 ans, jour pour jour.
Désormais le mot Maidan, dans l’esprit de tous les Européens, rime avec indépendance.
C’est cette indépendance que Vladimir Poutine n’a jamais acceptée.
A l’aspiration démocratique de la nation ukrainienne, au principe de libre détermination des peuples, Poutine a répondu par les tanks, l’artillerie et les bombardements.
Mais pour paraphraser Victor Hugo, « on ne résiste pas à l’invasion des idées par des armées. »
L’esprit de Maïdan est plus que jamais vivant à Kupiansk, à Chasiv Yar, à Pokrovsk, à Kherson, à Kharkiv, à Lviv, à Kiev, et à Paris !
Oui, c’est de Maïdan que tout a commencé, et c’est vers Maïdan que tout revient.
Cela je l’ai compris au plus profond de moi, quand je suis allé me recueillir, à Kiev, au mémorial des 108 martyrs.
Je l’ai compris, quand j’ai levé les yeux et que j’ai aperçu, à perte de vue, les portraits de tous ces jeunes hommes,
morts pour leur pays, morts au nom de la révolution de la dignité, morts au cours de quatre années de lutte héroïque,
où l’armée ukrainienne, contre toute attente, inférieure en nombre et en armements, mais pas en bravoure, s’est révélée être la plus compétente et la plus novatrice d’Europe.
Et voilà comment l’Ukraine se prépare à entrer dans la cinquième année d’une guerre absurde, injuste et impitoyable.
L’Ukraine meurtrie par les crimes contre l’humanité : la déportation de ses enfants, les violences sexuelles, la torture, le génocide culturel.
L’Ukraine assiégée jusque dans ses hôpitaux, ses trains et ses écoles.
L’Ukraine inlassablement bombardée, où les civils affrontent un hiver glacial sans chauffage, eau chaude ou électricité.
L’Ukraine outragée ! L’Ukraine martyrisée ! Mais l’Ukraine debout !
Oui, les Ukrainiens connaissent le cruel prix de la liberté.
Mais nous Européens, à l'abri des obus et des drones, connaissons-nous encore le prix de la liberté ?
Paul Valéry écrivait en 1919, « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »
Il semblerait qu’au cours du long sommeil de l’après-guerre, nous ayons oublié cette vérité essentielle : nous avions oublié que notre Europe était mortelle.
C’est l’invasion de 2022 qui nous a malheureusement ramenés à la réalité.
Le monde a alors compris que Poutine n'avait jamais souhaité la paix.
Que les accords de Minsk n’étaient qu’une diversion, comme les négociations illusoires à Genève et à Abu Dhabi.
Soyons absolument lucides : Poutine ne souhaite rien d’autre que la reddition de l’Ukraine, et par cette reddition, porter le coup de grâce au projet européen.
Il ne s’arrêtera pas dans le Donbass.
Il ne s'arrêtera pas en Ukraine.
Son funeste projet est d’étendre sa puissance aussi loin qu’il le pourra.
L’Ukraine se bat aujourd’hui corps et âme contre ce projet impérialiste.
Elle est devenue, à nous tous, notre première ligne de défense.
C’est pourquoi, outre le seul appel supérieur de la justice, de la morale, il nous est essentiel de soutenir l’Ukraine coûte que coûte.
Un an après que Trump a retiré tout soutien financier américain à l’Ukraine, c’est avec une grande satisfaction que je peux affirmer que l’Europe, aujourd’hui, commence à relever le défi.
Dans un vote historique, nous avons approuvé jeudi dernier au Parlement européen, un prêt à taux zéro de 90 milliards d’euros à l’Ukraine.
60 milliards pour l’achat d’armements et 30 milliards de soutien budgétaire qui permettront à l’Ukraine de tenir pour encore deux ans, si nécessaire.
C’est la première fois que l’Union apporte directement le soutien financier, civil et militaire dont l’Ukraine a besoin pour se défendre.
Je souhaite vous dire à quel point ma fierté est immense d’avoir été rapporteur sur ce dossier et plus encore que le soutien massif ait été adopté par plus de 2/3 des députés.
Mais rien n’est jamais acquis. On apprend que la Hongrie parle de bloquer l’ultime étape d’adoption définitive par le Conseil européen. Honte à Orban. Je le dis, s’il continue à bloquer, suspendons son droit de veto au Conseil comme le permettent les traités.
Alors allons continuer ce soutien aussi longtemps qu’il le faudra.
Nous demandons aux États membres de renforcer les sanctions envers la Russie, qui n’auront d’effet que si elles sont appliquées scrupuleusement et sur le temps long.
Nous leur demandons aussi de ne pas renoncer à remettre sur la table la question de l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer le prêt de reconstruction car tôt ou tard, la question du financement de la reconstruction d’une Ukraine nouvellement membre de l’UE.
L’Europe a les moyens et toutes les cartes en main.
Alors, il est temps de répondre à l’appel de l’histoire.
Une première a été franchie la semaine dernière.
D’autres devront suivre et notamment fixer une date claire pour l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.
Car l’avenir de l’Ukraine est européen.
Et car notre avenir de peuples libres européens se joue, aujourd’hui, sur le front ukrainien.
Slava Ukraini !